C'est pas vraiment de la littérature, mais c'est vrai et c'est pour rigoler...
J'étais venu pour une quinzaine de jours...
Après un renouvellement de visa en Malaysie, j'arrivais à mon cinquième mois. De plus, je commençais à aimer ce putain de pays. Sa Beueueueueu du diable, ses gonzesses au miel, y'avait du captagon en vente libre, de la tisane en tsunami. Pour la dreup, papa Thiep ne voulait pas. Du moins cette année-là!
Les finances avaient fondu comme une dose dans la p'tite cuillère. J'ai réuni le conclave des bras cassés, Doudou, Thiep et Riton pour leur annoncer la nouvelle : demain, je monte à Bkk, je prend le train et j'me casse en Australie via la Malaysie et l'Indonésie. Gros plan à la con car, y'avait pas de plan. Ces enculés d'australiens, à l'ambassade de Paris, m'avaient marqué mon passeport :"refus de visa"! Pourquoi? Je devais donc prendre un bateau partant d'une ile indonésienne et entrer en fraude chez les kangourous.
Mes pôtes étaient désolés, y'avait encore plein d'embrouilles à expérimenter mais, j'voulais voir l'Australie.
Mes pôtes, c'étaient mes pôtes! Comme on n'en fait plus. Ils avaient ajouter un amendement au projet : ils montaient avec moi à BKK, une dernière foire d'enfer ensemble et, on aurait pleuré sur le quai de la gare...
On laisse tomber les bus rouges de merde chers à Thiep (moins onéreux!) et on arrive dans la cité des anges en bus bleu, air-con. Pour la der de der, fallait pas déconner!
Direction le quartier craignos où habitait la sœurette à Thiepou. Grand vicieux, celui-ci avait emmené l'artillerie lourde : son bambou et son herbe. On a tapé dedans ainsi que dans la boutanche de Mèkong d'un litre que sa sœur nous avait offert, en attendant cette nuit si précieuse à nos aventures soulographiques.
On avait atteind notre vitesse de croisière mais, surtout, le litron en avait pris un sacré coup.
Le Noich a alors sonné le clairon du départ. Direction Patpong où, je n'avais jamais mis les pieds. Il hèle un touk-touk. Et, on s'envole vers la débauche et sa sœur la luxure.
Débauche et luxure : c'est de la poésie!
Ça gueule, ça délire, ça continue de boire dans le touk-touk. On est cinq, avec le chauffeur. Doudou, Thiep, Eric et moi. Dans l'ordre de la montée.
.La nuit, les néons de toutes les couleurs, la circulation encore infernale malgré l'heure avancée, le potin de l'engin, et le popotin des meufs, tout ce bordel me maintenait dans les sphères nuageuses de la défonce joyeuse.
Justement, le touk-touk s'arrête à un feu rouge et je mate 3 p'tits culs qui allaient traverser. Je leur cause, elles me sourient, "hello! hello! watyouname?yougoingouère?".
Tout occupé à mon échange linguistique, je sens à peine le truc démarrer. Mais,( les autres m'ont raconté peu après.) je vois pas , pas une mesdames z 'et messieurs mais deux, deux motos arriver à toute allure sur notre droite. Je ressens un putain de choc, je suis éjecté du véhicule.Le touk-touk se renverse, les autres me tombent dessus.
-Putain d'enculés de merde! J'ai mal! Cassez-vous.
Je suis allongé sur le bitume, le touk-touk retourné sur ma jambe gauche et trois connards sur moi qui me prennent pour une carpette.
Thiep, se défait d'Eric qui pleure et s'accroche à lui, sors du monticule de corps, et relève sans ménagement les deux motards. Ce mec avait un karma chelou. Il dégageait une odeur de mort. de tueur car tous les thais qui ne le connaissaient pas en avait une peur bleue. Ils lui montraient un respect craintif quelle que soient les circonstances. Les 2 glands se sont mis au garde-à-vous.
Le chauffeur et les deux autres abrutis, soulèvent la machine, m'écrase un peu plus la jambe et me sorte du piége .Zob! Zob! Zob! J'ai vach'ment mal!
Thiep arrête deux taxis, je monte avec Riton et Doudou, lui monte dans l'autre avec les chauffards. Il est mignon tout plein, il les emmène à l'hosto avec nous . Mon cul : Ils va les faire raquer tout le long des soins! Une piqouze, sors 50 teubahs, une radio, amène les 150 keuss, les bandages, les infirmières, le toubib. tout, il leur a tout fait payer!!! On arrive aux urgences de l'hôpital le plus proche. C'est lugubre, y'a pas trop de lumière et y'a des gens un peu partout. Assis sur des siéges de salle d'attente en plastique tellement usées qu'il y en a qui préfèrent s'asseoir par terre. Des brancards posés un peu partout sont occupés par des mecs en sang, des types qui vomissent : on est dans l'antichambre de l'enfer.
Thiep prend les choses en main. "Farang! Farangs!". Mon statut particulier et la tronche à Thiep fait qu'on s'occupe tout de suite de moi. Une chaise roulante et une grosse infirmière. Direction le toubib, un jeunôt, surement un interne qui, à 25 piges a déjà vu toute la misère du monde. Je lui explique en anglais le binse et lui dit surtout que j'ai vachement mal. Sitôt dit, sitôt fait, la grosse me plante une pompe à éléphant dans le bras. Chais pas s'que c'est mais cela va tout de suite mieux. Je dis à Riton que c'est de la morph'. Ce con poursuit l'infirmière en pleurant :
-Ouille!Ouilleyouille! Moi aussi j'ai très mal madame...
Bouboule se sauve devant ce fou-furieux en gueulant :
-No! Nononono!
Direction la radio. Je suis pris en main par un brancardier rigolard. Re-farang, farang.Le gadjo se la joue 24 heures du Mans dans les couloirs...
Radios, retour en Porsche, attente. Le toubib me reprend.
-Ben! J'ai un problème, je suis pas sûr que ce soit cassé.
Il me montre la radio, c'est joli, abstrait, j'y pige que pouic. Et alors?
-On va vous mettre dans le plâtre pour plus de sécurité...
Fangio me reprend en pogne. Direction l'ascenseur.La lourde s'ouvre dans un vacarne à réveiller les défunts de la morgue. Le truc décolle en tremblant, direction le troisième. Avec tout ce que j'ai dans la gueule, plus ce qu'ils m'ont injecté, je suis raide mais, je commence à flipper. Je claustrophobise! Si ce nazbrock d'ascenseur tombe en panne, je suis mort!
Cling-Boum-Schlack! On est arrivé sains et saufs. Mon driver me conduit dans un couloir ripoliné avec de la peinture à 10 bahts; y'a des néons qui pendent au risque de nous tomber sur la tronche. Il s'arrête devant une double porte en bois, il cogne et gueule . On attend quelques minutes, le loquet se déclenche et la porte s'ouvre sur un mec la gueule enfarinée. Mourf ! Qu'il fait. Il a les cheveux en pétard, torse nu, un pantalon genre pyj'moiça blanc sale et il est pieds nus ! Mon pote le brancardier lui explique le coup, me pousse dans la salle et se casse. Y'a juste un néon d'allumé, le reste de la pièce est noire. Le gus tape sur la table de bandages toujours avec la même parole : Mourf! Il doit pas être au parfum de la théorie de l'évolution chère à Darwin. Il a juste appris à marcher debout... Je me hisse sur le billard, je sens qu'on va passer une super soirée mon nouveau pote et moi!
Il commence par me nettoyer la jambe droite. Je dis rien. Il attaque son plâtre, me souléve la jambe DROITE pour me l'enrouler dans un bandage...
-Hey! Ducon! Left! The left leg!
Je lui montre que c'est la gauche qui est cassée avec mon doigt.
-Mourf!
Et c'est parti. Il m'en a mis partout, j'ai reçu entre autre des éclats de plâtre sur la tronche.
L'affaire étant réglé, deux Mourf-Mourf plus tard, il me sors de la piéce sur ma chaise, me met mon dossier médical sur les genoux, referme la porte et clic-clac, s'isole dans son gourbi.
Je suis comme un con! Je suis seul'tout dans le couloir. Je fais quoi maintenant? J'attend que l'Ayrton Senna de la chaise roulante vienne me chercher mais, rien. Je vais pas re-réveiller l'homme de neerdanthal, il risque de s'énerver et de me plâtrer la gueule.
Qu'à cela ne tienne, Emilienne, je me propulse vers l'ascenseur, comme un grand. Misère, c'est le même qu'à l'aller. Je respire un grand coup, je rentre et j'appuie sur, sur quoi?
Y'a au moins six étages dans cet hosto : 1-2-3-4-5-6. Mais ,y'a pas de rez-de chaussée! En dessous du -1-, y'a trois autres boutons, écrit en thai. J'appuie sur celui juste en dessous, et c'est parti. Je tremble dans le rythme de l'ascenseur. Toute une vie pour se cogner trois étages. Enfin, la porte s'ouvre. J'suis où encore? Je me sors de l'épave et me retrouve dans un endroit inconnu, encombré de brancards à roulettes, de tables, de chaises, de tout un tas de merde. Alors, j'tessplique : je ne savait pas qu'en Thailande y'avait pas de rdc! Le rdc, c'est le premier étage... J'étais au premier sous-sol mais, je n'en savais rien.
Au milieu du capharnaüm, du souk, quoi, y'a cinq noichs assis à une table en train de tisaner. Ils me mâtent, se fendent la poire, z-y-vas :" farang,farang". Y'en a un qui vient me chercher, allelouyah, y cause un little l'english :
-ouère you go? Ouate you come from?
Je lui explique le cas en petit nègre, au point où j'en suis; il traduit à ses collègues, ils se marrent tous. Y'en a un qui me sers un verre de...Mekong. Je l'enquille cul-sec. Et qu'on commence à délirer et boire dans les sous-sols de cet hosto moyennageux. Après quelques verres, je demande à être reconduit vers la civilisation. Mon traducteur me ramène á l'ascenseur et appuie sur le -1-..
Putain! C'est la première fois de ma vie que je vais sortir d'un hopital, plusse défoncé que j'y suis entré !
Dés que la porte s'ouvre, je vois mon Thiep en grande discussion avec des infirmières, Doudou et Riton qui tournent dans tous les sens.
-Hey! Les mecs! J'suis là!
Ils me cherchaient partout...
On sors, Thiep appelle un touk-touk! Thiep, j'l'aime beaucoup, mais là, je lui dis d'aller se faire enculer, je monte plus dans ces trucs de merde.
Retour en taxi jusqu'à chez sœurette. Thiep pose une natte sur un bout de terrain vague attenant à la boutique de son ainée, ressort le bambou et de la tisane. Il doirt être trois heures du matin! Qu'est-ce qu'on se met dans la gueule quand même! Mais moi, je suis trop raide, je m'écroule, Thiep, la nounou, me met une couvrante dessus et me donne un de leur oreiller carré. Je m'écrase.
On est rentré à Pattaya, à Soi Veera, notre bungalow.
Le pied dans le plâtre ne m'a pas empéché par la suite de continuer la teuf. Au bout de quatre jours, j'avais plus mal mais cela puait la mort en direction de ma jambe gauche. Avec l'aide de Thiep, on vire le plâtre, je marche, tout va bien. Il m'emmène à l'hosto de Pattaya. Radio, rien! Par contre, la plaie s'est infectée, elle est rouge avec des tons couleur morve. Piquouze d'antibiotiques, nettoyage, médicaments. En route pour la suite des aventures.
Je suis resté à Pattaya avec la bande jusqu'à plus de thune, jusqu'au retour en France. On reviendra quand on aura fait une nouvelle carambouille et qu'on aura de la neutch.
Du coup, je suis pas allé en Australie, d'ailleurs, même les voyages suivants, c'était tellement bien que je suis toujours revenu et resté en Thailande.
Sur cette affaire de touk-touk (de merde), j'ai passé ma convalescence avec mon gang de bras cassés, au paradis du cul. J'en ai profité pour appronfondir mes relations avec celle qui allait devenir mon chemin de croix, mon embrouille, ma tee-rak, ma copine, ma maman, ma pouffe, ma soeur, ma femme.
Mais, c'est une autre histoire. Une très longue histoire. Trés, très longue...










